Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 00:20

 

 

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Matthieu le fils, le court roman de Jean-Paul Belly, lauréat des « 5èmes Gouttes d’Or du roman » organisées par l’association Du Souffle sous la plume, s’ouvre sur la description d’un paysage contrasté, verte vallée humide au milieu de laquelle se dresse un causse désolé à la beauté sauvage, quelque part dans la région du Limousin, en 1938. Contrairement à une pratique littéraire qui tend de plus en plus à happer l’attention du lecteur par l’irruption d’un élément perturbateur dès les premières lignes d’un récit, l’auteur laisse ici le temps à son lecteur de s’imprégner d’abord de l’atmosphère envoûtante de ce décor âpre et vertigineux, soufflant le chaud et le froid sur les âmes qui s’entêtent à vivre accrochées à ses flancs.

Au cœur de cette nature souveraine, baignée de superstitions et de soupçons de sorcellerie, stigmates de son lointain passé celte, se dessinent lentement deux portraits, celui d’un homme, Matthieu le fils, et d’une femme, Jeanne la Bossue. Adam et Eve du causse, le pays d’en haut, tous deux vivent à l’unisson des forces telluriques qui partout murmurent dans les entrailles de la terre. Ils pourraient y être seuls au monde, seuls dignes de jouir de cet Éden primitif.  Mais il y a les autres, ceux du pays d’en bas, des gens rudes, rustiques, à la violence chevillée au cœur. On a retrouvé un jour, au pied des murailles du causse, le corps sans vie, mutilé, profané, d’une jeune fille de seize ans, originaire du village de Nardaillac. Depuis, Matthieu le fils est poursuivi par les étranges apparitions d’une biche blanche, blessée au poitrail. Une angoisse insidieuse le ronge. Pour la première fois de sa vie, il connaît la peur.

Qui a commis cet acte innommable ? Lauteur éveille quelques soupçons, sans toutefois révéler lentière vérité à son lecteur. Mais est-il vraiment  important de la connaître ? Pas si lon considère que Matthieu le fils nest pas un thriller dans le sens classique du terme, mais plutôt un roman de guerre, celle qui se livre entre linnocence et la barbarie. Innocence symbolisée par lunion de Jeanne et Matthieu, la biche blanche surnaturelle, ou encore la jeune fille insouciante de Nardaillac. Barbarie représentée quant à elle par la blessure de la biche, les ignobles traitements infligés aux enfants rebelles du pays, des scènes insoutenables d’équarrissage de bêtes dans les abattoirs ou lassassinat dune innocente. Une barbarie en fin de compte ordinaire, qui colle désespérément à la peau de lespèce humaine, une barbarie préfigurant les futures horreurs de la guerre qui va ravager lEurope et qui menace déjà aux frontières...

L’écriture de Jean-Paul Belly est aussi envoûtante que le pays quelle décrit. Fluide, élégante, poétique, mais également émaillée de discrètes pointes dhumour pour contrebalancer la noirceur du récit, elle nous emmène au cœur du causse corrézien et de ses mystères, aux côtés dhommes et de femmes appartenant à un passé aujourdhui révolu, mais dont les fantômes doivent encore, soufflés par un vent mauvais, arpenter ces terres inhospitalières qui ne se donnent entièrement qu’à ceux qui la méritent. Un vrai plaisir de lecture ! Je remercie les éditions Les joueurs dAstres, pour cette belle découverte.

 

 

 

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© Marie Fontaine

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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 12:02

Nous sommes la nuit, (Wir sind die Nacht), de Dennis Gansel, 2010, vampires, Allemagne

 

charlotte

Voici un petit film sorti quasi incognito sur les écrans des provinces françaises et qui pourtant mériterait les honneurs des salles obscures, au même titre que les sempiternels blockbusters made in USA qui sont leur pain quotidien. Un film de vampires. Encore un ? Oui, mais un qui se permet l’audace de revisiter un mythe que l’on croyait pourtant éculé.

Le ton est donné, dès le magnifique générique de début, soutenu par un chœur de voix féminines accompagnant un lent voyage à rebours dans le temps : le film sera résolument placé sous le signe de la féminité, alors que jusqu’à présent, les vampires qui hantaient nos rétines appartenaient plutôt à la gent masculine. Signe de la féminité, donc, mais également celui du sang, normal pour des créatures dont il est l’unique nourriture, et malheureusement un peu trop absent des productions habituelles.

Le film, après le générique initial, enchaîne sur une image baignée d'une belle aura poétique, un magnifique noir et blanc révélant  la silhouette d’un avion sur fond de pleine lune au-dessus d’une mer de nuages. L’image suivante est la première d’un lent travelling arrière à partir du poste de pilotage de l’avion. Sur une musique mélancolique, on avance à reculons dans la travée et l’on découvre siège après siège, un chapelet de cadavres ruisselants de sang, yeux grand ouverts, tous surpris par une mort fulgurante. Les responsables du massacre se tiennent au fond du couloir : trois femmes, Louise, Charlotte et Nora, faisant preuve d’un flegme étonnant alors que l’avion, privé de son pilote, est en train de se crasher. Mais peu importe, elles sont immortelles. Sur la terre ferme, une quatrième femme est présentée au cours d’une course poursuite menée à un train d’enfer. Il s’agit de Léna, encore du jour, encore humaine, jeune délinquante qui vient de dépouiller un malfrat.

 

nous-sommes-la-nuit-cinema-denis-gansel-3

Quelques jolies scènes chargées d’émotion resteront dans les mémoires, comme la renaissance de Léna dans l’eau ou l’abandon total de Charlotte au soleil sur la chanson d’Au clair de la lune. Les quatre héroïnes, tour à tour harpies sanguinaires et femmes glamour jusqu’au bout des ongles, irradient la pellicule de leur sensualité animale, se révélant bien plus sulfureuses que les mièvres et pâles midinettes de Stephenie Meyer. On pourra cependant regretter que leur désir ne soit pas plus incandescent, que leurs personnages ne soient pas plus fouillés, notamment celui de Charlotte, devenue vampire contre son gré, qui traverse les années comme détachée de tout, incapable de renoncer à son amour humain pour son mari et sa petite fille.

Nous sommes la nuit, petite production de série B, ne révolutionnera certes pas le film de vampires, mais elle n’en demeure pas moins très attachante, par sa poésie crépusculaire, sa mise en scène énergique et sa volonté de témoigner sur les dérives de son époque. Obsédés par la peur de vieillir, jetés corps et âme dans une quête éperdue de l’éternelle jeunesse, nous sommes tous un peu vampires...

 

© Marie Fontaine

 

 

 

 


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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 17:04

 

 

la gare def couv

 

 

 

Curieux objet littéraire que ce roman ultra court, vingt-six pages à peine, signé Catherine Lang.

Première lecture : une suite de sensations diffuses, chaotiques ; des images surgissent, se suivent, se télescopent, disparaissent. Impression étrange, angoissante, d'être tombé au coeur d'un labyrinthe, où chaque chemin suivi nous perd un peu plus, un peu plus loin.

Deuxième lecture : des êtres se détachent de ce méli-mélo sensoriel, un père, une mère, un frère, une soeur, jumeaux. Pour parler d'eux, l'auteur nous égare à nouveau. Ils sont tour à tour "tu", "il", "elle", "nous", "vous". Une ronde de pronoms personnels pour garder la distance, ne jamais s'identifier aux personnages. On suit leurs routes par bribes, échantillons, un peu comme lorsque l'on croise des inconnus en voiture, dans un bus, un train, etc., et que parfois notre regard s'attarde, cherchant à fouiller derrière les apparences, imaginant ce que pourraient être leurs vies.

Troisième lecture : les existences des quatre personnages mis en scène par Catherine Lang se dessinent, se précisent. Le frère est collaborateur d'un député, la soeur travaille pour une ONG. Le père trompe la mère, qui fait semblant de ne rien remarquer. Les fêlures de l'incommunication transpirent à chaque page, des fêlures qui vont pousser à commettre l'irréparable, à moins que cet irréparable ne soit que le fruit d'un gros délire onirique ? Au lecteur de deviner...

Oui, vraiment curieux que ce petit roman qui en dit si long, paradoxalement. A saluer : la prise de risque de l'auteur qui s'aventure sur des pistes littéraires atypiques. Une écriture expérimentale, dépouillée à l'extrême, faisant la part belle aux images, dans un style résolument cinématographique, qui pourra dérouter les amateurs de récits "classiques". Un sens aigu de l'observation, qui permet en un minimum de mots de brosser des portraits, des situations, des décors, en allant droit à l'essentiel, en extrayant le détail unique le plus significatif qui les fixera dans nos mémoires de lecteurs. Des images qui finissent par évoquer un dédale de voies qui se suivent en parallèle, se croisent et se décroisent, s'éloignent les unes des autres, comme une pelote de fils de vies qu'une main invisible s'amuserait à enrouler et dérouler...

 

© Marie Fontaine

 

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La gare de Merlimont

 


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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 11:02

 

 

 

joueurs d'astres

 

 

La maison d'édition toulousaine Les Joueurs d'Astres, en partenariat avec l'association Du souffle sous la plume, organise...

 

du souffle sous la plume

Le Boulevard des plumes : concours semestriel d'expression française, il récompense les cinq meilleures plumes dans deux sections distinctes : la poésie et la nouvelle. Les plumes remarquées se verront publiées dans un ouvrage exclusif tiré à 100 exemplaires. Chaque participant recevra un exemplaire de l'ouvrage et un bref commentaire sur les oeuvres envoyées.

Pour voir les prix et les modalités de participation, cliquez sur le lien suivant :

 

Concours Boulevard des plumes

 

 

Appel à textes poésie et nouvelles : le thème de cette session d'appel à textes est libre. Les textes sélectionnés se verront publiés dans un ouvrage collectif au titre simple : Du souffle sous la plume. Seront publiés, en fonction du nombre de participants acceptés, soit un ouvrage commun réunissant poésie et nouvelles, soit deux ouvrages séparant poésie et nouvelles, Du souffle sous la plume n°9 pour la poésie et Du souffle sous la plume n°10 pour la nouvelle.

Pour voir les modalités de participation, cliquez sur le lien suivant :

 

Appel à textes Du souffle sous la plume

 

CLÔTURE LE 30 JUIN 2012 !!!

 

Mais aussi…

 

Les Gouttes d’Or (poésie, nouvelles et roman) : concours annuel d’expression française. Pour chacune de ces sections, le prix de publication comporte notamment 150 ouvrages imprimés au minimum, publiés à compte d’éditeur dont 15 exemplaires seront remis aux lauréats.

Pour voir les prix et les modalités de participation, cliquez sur le lien suivant :

 

7èmes Gouttes d'Or

 

Clôture le 31 décembre 2012

 


Rezobook

 

 

 

 


 

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Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 00:02

 

 

Drive (The Driver), de Nicolas Winding Refn, 2011, Thriller (USA).

 


drive 1

 

 

 

Il n’a pas de nom. On ne sait pas qui il est, d’où il peut bien venir, où il pourrait aller. Mais on sait ce qu’il fait : officiellement, il répare des voitures chez un garagiste qui l’a pris sous son aile et exécute des cascades en automobile pour des studios de cinéma hollywoodiens ; officieusement, à ses heures perdues, avec une redoutable efficacité, il fait le chauffeur lors de casses organisés par des truands. Entre son véhicule et lui, c’est à la vie, à la mort. Dire qu’il aime conduire serait un doux euphémisme. Il conduit comme il respire, il est parce qu’il conduit.

Bien plus qu’un prolongement de son corps physique, la voiture est ici mise en scène comme la projection dans le réel du mental du héros. Pas de noces organiques, à la manière de Cronenberg, entre la chair humaine et le métal de la machine, mais une fusion cérébrale, dis-moi comment tu conduis, je te dirai qui tu es.


 

drive-2.jpg

 

A partir d’une idée toute simple lancée par le réalisateur, filmer un type qui conduit en écoutant de la musique des années 80, se tisse la trame d’un drame noir, dégraissé jusqu’à l’os, digne des meilleures tragédies grecques antiques.

Longtemps on se demande si ce personnage (incarné par Ryan Gosling) quasi muet est humain, tant il apparaît lisse de toute émotion, déserté de toute pensée. Jusqu’au jour où il rencontre sa charmante voisine de palier, Irène (diaphane Carey Mulligan), maman d’un adorable bambin, hélas mariée à un homme qui purge une peine en prison pour un hold-up. Commence alors pour l’homme-voiture une lente et inexorable descente aux enfers.

Sa nonchalance parsemée d’éclats de violence inouïe, comme autant d’accélérations brutales au volant d’une voiture, l’incandescence de sa bande originale instantanément culte, l’onirisme de la fin, font de Drive un objet filmique étrange, qui envoûte de la première à la dernière image, qui imprègne le spectateur du malaise d’une question lancinante : la mort serait-elle la seule issue à la volonté de devenir humain ?

 

© Marie Fontaine

 

 


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