CLOCLO

Publié le par darklimelight

CLOCLO,  de Florent Emilio Siri, 2012, biopic, France

 

 

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Photo Studio Canal

 

 

Il faudrait être immigrant d’une lointaine galaxie pour ne pas connaître en France cette icône des années 60-70 que fut Claude François, Cloclo, et qui plus de trente ans après son décès, continue de fasciner. C’est Jérémie Renier qui relève le défi d’incarner à l’écran le rôle du chanteur à paillettes. Loin d’être tétanisé par l’ampleur et le poids d’une telle « responsabilité », il se glisse avec une aisance stupéfiante dans une composition inoubliable, au point de gommer littéralement Jérémie Renier pour donner naissance à un vrai personnage de cinéma. Car bien plus qu’un simple biopic, Cloclo est avant tout un film, aussi puissant que sensible, aussi noir que brillant, à l’image de l’idole, un film comme on aimerait en voir plus souvent dans nos salles obscures.

Comment aborder la narration de la vie de ce personnage hors du commun ? Fort heureusement, le réalisateur, Florent Emilio Siri n’est pas tombé dans le piège d’une mise en scène qui aurait épousé les chemins labyrinthiques d’un être aussi  complexe que Claude François. Au contraire, il opte pour un récit linéaire, chronologique, dépouillé de tout artifice qui pourrait dévier la lumière de cette étoile filante du show-business. Ce choix assumé de la simplicité lui permet  d’accompagner le chanteur populaire pas à pas, tout au long de son ascension frénétique : Cloclo n’arrête jamais, ne se repose jamais, il est de tous les plans. La caméra de Siri lui colle à la peau, fouille sans complaisance dans ses blessures intimes : le départ précipité d’Egypte en 1956 au moment de la crise du Canal de Suez, son père en situation d'échec, qui jusqu’au bout lui refusera sa reconnaissance, ne lui laissera en héritage que sa manie de l’ordre et du contrôle... Cloclo ou la soif jamais étanchée de la reconnaissance, qui le poussa à aller plus loin, plus vite, toujours en avance sur son époque...

Derrière chaque artiste, il y a toujours un homme ou une femme qui peut se révéler détestable, ou au contraire admirable. Mais cet homme ou cette femme trouve toujours racine dans l'enfance, qu'elle soit heureuse ou douloureuse. Dans le cas de Claude François, à l'âge où il avait besoin de l'image d'un père fort pour se construire, il a assisté impuissant à son déclin. Son père ne s'est jamais relevé de l'échec qu'il a subi : lui et les siens ont été expulsés d'Egypte sans un centime pour se retourner. L'adolescent Claude a volé des fruits pour les "nourrir". Il est devenu par la force des choses l'homme de la famille, alors même qu'il se déconnectait complètement de la réalité, condition sine qua non pour réaliser ses rêves de gloire. Pendant ce temps le père baissait complètement les bras et se laissait mourir. Il ne parlait même plus à son fils qu'il considèrera toujours comme un saltimbanque. A la fin de sa vie, il ne pesait plus qu'une trentaine de kilos. A partir de là, la peur de retomber dans la pauvreté va devenir maladive pour Cloclo... La plupart de ces détails qui émaillent le long-métrage sont révélés par Claude François lui-même dans une interview qu'il donna en 1977, un an avant son décès. De l'annonce de sa naissance jusqu'à l'annonce de sa mort, le film suit le parcours d'un gamin dont ni son père ni sa mère n'avait pressenti le potentiel, un gamin qui en fin de compte n'a jamais grandi. C'est pour cela qu'il a "réussi". Il n'y a pas d'artistes adultes...

Le chanteur « mal-aimé » a beau être dépeint sans indulgence aucune, le poids de sa légende est tel qu’on ne peut aujourd’hui foncièrement le détester. Tout comme du temps de son vivant : ses innombrables fans savaient quel tyran il était, mais l’icône avait depuis longtemps supplanté l’homme dans tous les cœurs... Pour la génération Cloclo, ce voyage dans le temps, rendu possible grâce à une reconstitution  de l’époque criante de réalisme, se révèlera un bijou d’émotion : en effet, que l’on aime ou pas le personnage, c’est au plus profond de nos propres souvenirs que le film nous invite à plonger. L’immersion est totale. Quant aux générations actuelles, peut-être auront-elles envie de (re)découvrir l’homme derrière les paillettes, ou vice-versa...

  © Marie Fontaine

 


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