Coeur de pigeon, de Pascale Madeleine

Publié le par darklimelight

 

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Cœur de pigeon est le titre de la première nouvelle qui donne son nom à ce recueil, signé Pascale Madeleine. Elle est suivie de deux autres plus courtes,  La Wallonne et Pour ses larmes. Chacune met en scène l’histoire d’un  laissé pour compte de la vie...

Nous commençons par celle de Louis, croque-mort et analphabète du fait de sa dyslexie, découverte bien trop tard. Le récit de son parcours commence et finit à la troisième personne du singulier : la voix du narrateur. Au cœur de cette construction en miroir,  c’est « je » qui s’exprime et l’on plonge alors dans l’intimité de l’existence de Louis. On partage avec lui la souffrance d’être différent, la douleur de ne pas savoir lire, handicap invisible mais terrible, qui éjecte impitoyablement celui qui en est atteint hors de la vie « ordinaire ».  Louis aura pourtant sa revanche... J’ai tout particulièrement apprécié à travers cette nouvelle la subtile métaphore de l’écriture, avec son lot de difficultés et de sacrifices. Tous ceux que la passion d’écrire dévore se reconnaîtront dans ce personnage entier malgré ses fêlures, dans son entêtement à aller jusqu’au bout, pour se prouver qu’il en est capable. « Ecrire était devenu une nécessité, mais cela n’impliqua pas de dépression. Au contraire. S’il ne se libéra pas pleinement de sa honte, l’écrire le ramena à une réalité plus prosaïque. Il n’était pas le nombril du monde, par conséquent il pouvait bien accepter ce handicap et virer les humiliations subies, hors de lui, les jeter à la poubelle. Hors de Louis. » J’ai également été touchée par le fait que cet écrit ose aborder de front le thème tabou de la mort. Cela dénote un courage certain de la part de l’auteur... J’aime la prise de risque !

Les nouvelles suivantes touchent à la maltraitance, notamment celle de l’enfant, qu’elle soit physique ou morale. Autre thème sensible. Le ton, volontairement léger, contraste violemment avec la gravité du propos. L’humour noir le sert à merveille, souvent au détour d’une petite phrase assassine : « Elle ne vit pas beaucoup sa mère durant son enfance. [...] Elle la croisait dans les couloirs. » ; « Je sors de l’hôpital, la vie en bandoulière. Elle a bien failli me laisser choir. Je m’en tire, un sein en moins. J’ai eu de la chance cette fois. [...] J’ai survécu. Dans ce ventre.»

Au final, trois histoires contant le destin, en apparence ordinaire, de trois personnages ordinaires. Une leçon, pourtant, de courage et d’opiniâtreté, pour avancer, malgré les bâtons dans les roues de la vie... Trois revanches bien méritées, même si un fond d’amertume persiste. Trois portraits très justes d’antihéros que l’on n’est pas près d’oublier...

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à vous rendre sur « L’écritoire » de Pascale Madeleine.

 

© Marie Fontaine

 

Publié dans CRITIQUES LIVRES

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Au Rendez-vous Littéraire 27/11/2012 12:34


J'ai beaucoup aimé :) !!! 

Pascale Madeleine 09/10/2012 08:14


Un grand merci pour cette chronique, Marie Fontaine !