FURIA

Publié le par noirefontaine

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Furia, d'Alexandre Aja, 1999, anticipation

 

Il y a incontestablement du Petit Prince, dans la silhouette du jeune Theo (Stanislas Mehrar), vingt ans, perdu dans le désert humain d'une ville improbable, elle-même perdue au beau milieu d'un désert de sable. Tout y est : l'écharpe, les vêtements amples, le regard qui se fond dans le ciel, les cheveux blonds coiffés à la diable. Mais le personnage d'Aja ne risque pas de demander à qui que ce soit de dessiner ne serait-ce qu'un mouton. Car dans la société futuriste qui l'a vu naître dessiner est un crime.

Alors Theo sort toutes les nuits et la rage au ventre, il étale ses couleurs sur les murs ruinés de sa cité. Peu lui importe de voir le jour suivant ses créations disparaître sous les coups de rouleaux « purificateurs » de la censure. Dessiner, c'est toute sa vie. La passion doit vaincre le totalitarisme.

Sa rose, il la rencontrera en la personne d'Elia, incarnée par une toute jeune Marion Cotillard. Elia dessine elle aussi. Leurs premiers dialogues s'ébauchent muettement dans l'échange de leurs dessins nocturnes sur les murs. Elia est unique, comme la rose chère à Saint-Exupéry. Par l'étrangeté de ses yeux, l'un marron et l'autre bleu. Par l'amour qu'elle donne, aussi frais et désaltérant que l'eau d'une source en plein désert. Mais elle cache un secret qui fera tout basculer...

Furia est le premier long-métrage d'Alexandre Aja. Il avait à l'époque l'âge de son héros. A sa sortie, le film connut un échec retentissant. La critique appuya lourdement sur les maladresses de cette première fois - ses longueurs, son esthétisme forcené -, passant honteusement sous silence ses aspect positifs et prometteurs. Comme l'instauration d'une atmosphère lourde et poisseuse très réaliste, comme la sensibilité à fleur de peau des personnages, comme la poésie émouvante qui naît d'une main dessinant les arabesques d'un visage sur un mur décrépi, comme le courage d'Aja d'avoir osé s'attaquer au film de genre...

Le film de genre ! Injustement méprisé en France, c'est pourquoi je soutiens tout réalisateur français qui osera transgresser ces lois archaïques qui maintiennent la tête du cinéma hexagonal enfoncée sous l'eau. Combien de jeunes cinéastes devrons-nous encore perdre avant de reconnaître qu'ils sont bourrés de talent et que leur créativité pourrait donner un inestimable second souffle à notre cinéma moribond ?

« On ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux. » Les films d'Alexandre Aja sont de cette veine-là...


© Marie Fontaine 



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Casino Gratuit 27/12/2010 14:08

Bonjour, je suis atterie avec interet sur ton site web a l'occasion d une visite sur msn. Il avait dit vrai c'est très bien. ;-) Bon week end !! Alice

dessin 26/05/2010 11:11

Wow, sympathique billet, je vous remercie de partager ces astuces et je suis pleinement d\'accord. Permettez-moi d\'insister, oui votre article est vraiment bon, j\'ai adoré vous lire... Par hasard, auriez-vous des forums ou blogs à me suggérer ?

Magusneri 13/05/2010 15:32

Quand on fait autre chose que des drames psycho-socio-intellos ou des comédies débiles, le cinéma français vous réserve toujours un lynchage de première classe. Résultat : nos jeunes talents divergents se barrent aux USA, pour le meilleur (Aja) et pour le pire (Leterrier). La revue Positif a posé un jour la question "le cinéma français sera-t-il jeune un jour ?" On se la pose encore...