L'amour chien, d'Aymeric Patricot

Publié le par darklimelight

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Je poursuis avec L’amour chien d’Aymeric Patricot, ma découverte des e-books édités par Story Lab. Ce nouvel opus prélude à une série de récits consacrés à la satire sociale. Il met en scène quelques tranches de vie d’un couple représentatif de la haute bourgeoisie française : Amandine, belle femme, cultivée, habituée au luxe dès sa naissance, et Alexandre, son époux plus âgé, sérieux et sans grâce. Leur quotidien aux rouages parfaitement huilés connaît pendant un certain temps le frémissement de l’inattendu, quand Amandine se prend soudain de passion pour les chiens. Sans même savoir pourquoi, elle se lance dans la quête (futile ?) du chien parfait, « ce à quoi elle aspirait, au plus profond d’elle-même, était un petit chien rare et cher, voire le plus rare et le plus cher possible. » Les compagnons canins défilent ainsi les uns après les autres dans l’appartement luxueux, chacun apportant une pointe d’animation incongrue dans le décor « massif » de la vie de famille d’Amandine et Alexandre. Chaque chien se révèle le catalyseur d’une nouvelle découverte l’un de l’autre, plus particulièrement par la sexualité, seul domaine ouvert à la fantaisie. La vie aurait sans doute fini par leur donner des couleurs et devenir bien plus qu’une simple touche dans le déroulement de leur existence, si un évènement, éclair de cruauté dans le récit, ne venait pas tout remettre en question. Le lecteur éprouve alors un sentiment poignant d’impuissance face au spectacle du destin inexorable de ces deux êtres, englués dans l’impasse de leur propre condition sociale. Car on ne s’évade pas de ce monde. L’incipit contant la mésaventure de la grand-mère d’Amandine, agressée par un terre-neuve dans un parc, prend tout son sens : il pose d’emblée une chape de plomb qui hantera la suite de ce court récit et le refermera sur une voie sans issue. Non, on ne s’évade pas de ce monde-là, où les êtres qui le traversent évoluent sous le joug d’une programmation irréversible, conçue pour ne laisser à la fin que « de merveilleux comptes en banque, des comptes en banque aux lignes claires et somptueuses comme celles d’un beau jardin à la française. »  L’amour chien, une implacable satire sociale, servie par une écriture élégante, au charme nonchalant, distillant un humour discret. A découvrir...

© Marie Fontaine

 

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