La gare de Merlimont, roman de Catherine LANG

Publié le par darklimelight

 

 

la gare def couv

 

 

 

Curieux objet littéraire que ce roman ultra court, vingt-six pages à peine, signé Catherine Lang.

Première lecture : une suite de sensations diffuses, chaotiques ; des images surgissent, se suivent, se télescopent, disparaissent. Impression étrange, angoissante, d'être tombé au coeur d'un labyrinthe, où chaque chemin suivi nous perd un peu plus, un peu plus loin.

Deuxième lecture : des êtres se détachent de ce méli-mélo sensoriel, un père, une mère, un frère, une soeur, jumeaux. Pour parler d'eux, l'auteur nous égare à nouveau. Ils sont tour à tour "tu", "il", "elle", "nous", "vous". Une ronde de pronoms personnels pour garder la distance, ne jamais s'identifier aux personnages. On suit leurs routes par bribes, échantillons, un peu comme lorsque l'on croise des inconnus en voiture, dans un bus, un train, etc., et que parfois notre regard s'attarde, cherchant à fouiller derrière les apparences, imaginant ce que pourraient être leurs vies.

Troisième lecture : les existences des quatre personnages mis en scène par Catherine Lang se dessinent, se précisent. Le frère est collaborateur d'un député, la soeur travaille pour une ONG. Le père trompe la mère, qui fait semblant de ne rien remarquer. Les fêlures de l'incommunication transpirent à chaque page, des fêlures qui vont pousser à commettre l'irréparable, à moins que cet irréparable ne soit que le fruit d'un gros délire onirique ? Au lecteur de deviner...

Oui, vraiment curieux que ce petit roman qui en dit si long, paradoxalement. A saluer : la prise de risque de l'auteur qui s'aventure sur des pistes littéraires atypiques. Une écriture expérimentale, dépouillée à l'extrême, faisant la part belle aux images, dans un style résolument cinématographique, qui pourra dérouter les amateurs de récits "classiques". Un sens aigu de l'observation, qui permet en un minimum de mots de brosser des portraits, des situations, des décors, en allant droit à l'essentiel, en extrayant le détail unique le plus significatif qui les fixera dans nos mémoires de lecteurs. Des images qui finissent par évoquer un dédale de voies qui se suivent en parallèle, se croisent et se décroisent, s'éloignent les unes des autres, comme une pelote de fils de vies qu'une main invisible s'amuserait à enrouler et dérouler...

 

© Marie Fontaine

 

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La gare de Merlimont

 

 

 

 


 


Publié dans CRITIQUES LIVRES

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Françoise Nore 22/02/2014 11:11


Quel beau commentaire, qui m'a donné envie d'acheter ce roman de Catherine Lang, dont j'ai déjà lu et fortement apprécié Kevin Martin, un homme sans histoire. On devine que La Gare
de Merlimont est tout empreint d'une ambiance particulière. A tel point que je viens de le commander.


Les blogs littéraires sont légion ; très souvent, trop souvent, leur qualité laisse à désirer. Darklimelight sort du lot, et largement. Les choix littéraires de Marie Fontaine sont toujours
judicieux, on peut se fier à ses suggestions de lecture. En outre, ses commentaires sont de véritables articles, rédigés, pensés, travaillés. C'est rare, alors on met Darklimelight dans ses
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