La Légende du futur, d'Hélène Destrem

Publié le par darklimelight

 

 

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Le récit de La Légende du futur, premier roman d'Hélène Destrem, commence par l’irruption dans le passé d’Arwenia, scientifique de l’an 2134, un passé pour le moins extraordinaire : il s’agit en effet de celui qui aurait vu se forger la mythologie de la Quête du Graal. Dans le futur, son mystère demeure entier. Arthur et ses chevaliers ont-ils réellement existé ? Et tous les autres acteurs de cette incroyable histoire ? Pour les contemporains d’Arwenia, ce n’est qu’une légende. Mais la jeune femme à la chevelure d’un roux flamboyant, attirée depuis toujours par cette lointaine époque, s’est mis en tête de prouver scientifiquement l’existence des hommes et des femmes de ce haut Moyen Âge, qui vécurent plus précisément en 476. Dans les laboratoires du Centre Européen de Recherches  Spatiales (CERS), elle vient de mettre au point un prototype de machine à voyager dans le temps. La patience n’étant pas son fort, sans attendre l’aval de ses supérieurs, elle décide de tester son invention sur elle-même. C’est ainsi qu’elle apparaît subitement aux yeux de centaines de guerriers, en pleine guerre du Mont de Badon. Là voilà immédiatement promue au rang de fée par ces hommes enclins à la superstition. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’elle va sans le vouloir créer un paradoxe temporel qui va tout remettre en question, aussi bien dans le passé que dans le futur...

Sur l’échiquier de son histoire, l’auteur place avec une habileté diabolique les pièces de sa propre vision de la légende du Graal, non sans s’appuyer sur un travail de recherche qui force le respect, tant il est riche et détaillé. Camelot se matérialise sous nos yeux, on s’y promène, on y croise ses habitants, on hume ses odeurs, on régale nos yeux de ses couleurs, nos doigts de ses textures...  L’immersion dans le récit est totale. Les icônes de la légende prennent vie. Magie de l’écriture... L’on devient l’espace de quelques heures les témoins privilégiés et émerveillés de scènes du quotidien intime d’Arthur et de ses chevaliers, de l’enchanteur Myrddin (forme galloise de Merlin), de la reine Gwenwhyfar (forme galloise de Guenièvre), de Viviane, la Dame du Lac, ou encore de Morgane, la sœur d’Arthur. C’est un réel enchantement de pouvoir les suivre ainsi au fil de l’écriture d'Hélène Destrem. Mais ce délice ne doit pas faire oublier l’histoire, romanesque à souhait. Entre mystères, complots, traîtrises et amours, tous les ingrédients sont réunis pour vous plonger au cœur d’une aventure incroyable, au cours de laquelle l’auteur reprend avec un plaisir évident chaque symbole de la légende arthurienne, pour nous en livrer sa propre explication. Mais que l’on se rassure, il ne s’agit que d’une interprétation, parmi d’autres existant déjà. Au final, le mystère reste entier, la magie de la légende, intacte.

Le passé médiéval est ouvert à l’imaginaire, l’air y est pur, les espaces, libres, presque sans limites. Le futur au contraire, est un monde étroit, confiné, qui emprisonne les êtres dans un réseau étouffant de règles et de contraintes. Entre les deux s’érige une zone d’incertitudes, noman’s land propice à une réflexion sur notre propre présent. Nous avons un peu trop vite oublié d’où nous venions et ne sachant pas où nous allons, il nous est si facile de dilapider les richesses de la terre, en toute inconscience et impunité. Il est certain que si nous continuons à ne pas nous soucier du futur, ce futur qui s’approche à grands pas pourrait se révéler semblable à ce cauchemar décrit par l’auteur.

Coup de cœur pour cet ouvrage alliant sens du romanesque et réflexion écologique et humaniste, ciselé dans une très belle écriture, pour un plaisir de lecture complet.

  © Marie Fontaine

 

  Pour plus de renseignements, cliquer sur le site de l'auteur :  Voyages d 'écrits...

 

 

 

Publié dans CRITIQUES LIVRES

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