Nous sommes la nuit

Publié le par darklimelight

Nous sommes la nuit, (Wir sind die Nacht), de Dennis Gansel, 2010, vampires, Allemagne

 

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Voici un petit film sorti quasi incognito sur les écrans des provinces françaises et qui pourtant mériterait les honneurs des salles obscures, au même titre que les sempiternels blockbusters made in USA qui sont leur pain quotidien. Un film de vampires. Encore un ? Oui, mais un qui se permet l’audace de revisiter un mythe que l’on croyait pourtant éculé.

Le ton est donné, dès le magnifique générique de début, soutenu par un chœur de voix féminines accompagnant un lent voyage à rebours dans le temps : le film sera résolument placé sous le signe de la féminité, alors que jusqu’à présent, les vampires qui hantaient nos rétines appartenaient plutôt à la gent masculine. Signe de la féminité, donc, mais également celui du sang, normal pour des créatures dont il est l’unique nourriture, et malheureusement un peu trop absent des productions habituelles.

Le film, après le générique initial, enchaîne sur une image baignée d'une belle aura poétique, un magnifique noir et blanc révélant  la silhouette d’un avion sur fond de pleine lune au-dessus d’une mer de nuages. L’image suivante est la première d’un lent travelling arrière à partir du poste de pilotage de l’avion. Sur une musique mélancolique, on avance à reculons dans la travée et l’on découvre siège après siège, un chapelet de cadavres ruisselants de sang, yeux grand ouverts, tous surpris par une mort fulgurante. Les responsables du massacre se tiennent au fond du couloir : trois femmes, Louise, Charlotte et Nora, faisant preuve d’un flegme étonnant alors que l’avion, privé de son pilote, est en train de se crasher. Mais peu importe, elles sont immortelles. Sur la terre ferme, une quatrième femme est présentée au cours d’une course poursuite menée à un train d’enfer. Il s’agit de Léna, encore du jour, encore humaine, jeune délinquante qui vient de dépouiller un malfrat.

 

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Quelques jolies scènes chargées d’émotion resteront dans les mémoires, comme la renaissance de Léna dans l’eau ou l’abandon total de Charlotte au soleil sur la chanson d’Au clair de la lune. Les quatre héroïnes, tour à tour harpies sanguinaires et femmes glamour jusqu’au bout des ongles, irradient la pellicule de leur sensualité animale, se révélant bien plus sulfureuses que les mièvres et pâles midinettes de Stephenie Meyer. On pourra cependant regretter que leur désir ne soit pas plus incandescent, que leurs personnages ne soient pas plus fouillés, notamment celui de Charlotte, devenue vampire contre son gré, qui traverse les années comme détachée de tout, incapable de renoncer à son amour humain pour son mari et sa petite fille.

Nous sommes la nuit, petite production de série B, ne révolutionnera certes pas le film de vampires, mais elle n’en demeure pas moins très attachante, par sa poésie crépusculaire, sa mise en scène énergique et sa volonté de témoigner sur les dérives de son époque. Obsédés par la peur de vieillir, jetés corps et âme dans une quête éperdue de l’éternelle jeunesse, nous sommes tous un peu vampires...

 

© Marie Fontaine

 

 

 

 


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Calie 20/06/2012 08:38


Bonjour ! Je suis tombée sur ce film un peu par hasard et il m'a plu. J'ai donc mené ma petite enquête pour savoir qui était le réalisateur Dennis Gansel et ainsi, j'ai pu me procurer son film de
2008 La Vague qui a fait beaucoup parler de lui. On y retouvre l'acteur qui joue le policier de Nous sommes la nuit.


C'est un sacré bon film aussi.


Calie